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« riverrun past Eve and Adam, from swerve of shore to bend of bay, bring us
by a commodius vicus of recirculation back to Howth Castle and Environs ». L'incipit de Finnegan's Wake est déjà un choc. On entre de plain-pied dans l'univers érudit et étourdissant de James Joyce. Sans introduction, sans piste, point de salut et le lecteur curieux comprend bien vite que pour pénétrer dans ce monument de la littérature mondiale (oui môssieur, rien que ça), au même titre que À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, il faut soit une très solide culture générale, soit un guide, ou du moins quelques pistes sérieuses. Finnegan's Wake, le site, est donc une heureuse initiative. La présentation du site est touffue et complexe, à l'image du roman, et l'utilisation intensive des frames est plus ici un choix esthétique, littéraire, qu'une coquetterie de mise en page. Au travail donc ! Biographie bien sûr, symbolique, référence (à découvrir la fascinante figure de Giordano Bruno). Prévoyez tout de même quelques cachets d'aspirine, du temps libre et un confortable fauteuil. Nul doute que si vous venez à bout du roman vous voudrez approfondir votre connaissance de l'oeuvre du grand James. Ulysse bien sûr, et alors il va falloir réviser L'Odyssée, qu'on n'a sans doute pas relue depuis le collège. Contentez-vous de garder dans un coin de votre mémoire, pendant que vous parcourrez les vingt-quatre chants narrant les errances du héros d'Ithaque, que le deuxième chef d'oeuvre de Joyce est une parodie de l'épopée d'Homère. La traduction est un peu ancienne (Leconte de Lisle, cela ne nous rajeunit pas), mais la possibilité de suivre le texte original simultanément en grec vous rappellera peut-être des après-midi d'écolier, lorsque, émergeant de la douce torpeur que provoque la proximité du radiateur qui était (souvenez-vous !) votre lieu de prédilection, la voix de votre vieux professeur vous intimait l'ordre de traduire le nébuleux ktêma eis aei.
Restons dans les classiques, mais teintons cette admiration pour les vénérables icônes d'une pincée de subversion, saupoudrons d'une relecture attentive, et mixons la préparation obtenue dans un grand verre d'audace. Tintin a 70 ans, et il est toujours d'actualité. Il inspire toujours et Anne et Cécile ont même décoré leur appartement à sa gloire. Mais nos deux tintinomaniaques ne se contentent pas d'exposer leur musée imaginaire et elles posent aussi les questions qui nous trottent à tous dans la tête. Car notre jeune ami est plutôt bien fait de sa personne, intelligent, courageux et pourtant, pas l'ombre d'une jeune fille dans la vie du sémillant reporter ! Les figures féminines dans les albums de la série étant plutôt effrayantes (« Ah ! je ris de me voir si belle... ») il semblerait donc que Tintin soit gay... Les arguments sont convaincants mais enfin « Tintin, finalement, c'est un mec seul » et puis, la seule vraie question intéressante, c'est bien « Et les Dupontds ?... Qui sont-ils ? Mmmh ? »...
Laissons les idoles d'hier pour découvrir celles de demain. Ils sont jeunes et beaux, comme Tintin, mais le mieux de tous c'est tout de même Rodolphe, oui mesdames, car c'est à vous que je m'adresse plus particulièrement, je vous présente Monsieur France 99. Que dire d'autre ? J'ai vainement tenté d'obtenir de mes chefs l'autorisation exceptionnelle de diffuser des images sur cette sélection, mais ils ont été intraitables. J'ai tenté les arguments les plus percutants, en vain. J'ai cru tout de même déceler une pointe de jalousie dans ce refus catégorique. Je n'ai donc plus rien à ajouter. Après Finnegan's Wake, L'Odyssée et la remise en cause radicale du mythe de Tintin, je crois qu'un peu de détente ne fera de mal à personne. Admirons Rodolphe, il le mérite bien.
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