
| du 16 au 22 septembre 1998 |
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Mon premier souvenir de football, c'est en 1984 : France-Danemark. J'avais dix ans et l'équipe de France emmenée par Platini et Tigana remportait le championnat d'Europe des nations. Deux ans plus tard, entrant de plain-pied dans l'âge idiot, je défonçais un canapé onéreux en sautant de joie après le but de Platoche contre l'Italie en Coupe du monde (2-0). J'avais acquis la majorité footballistique -- celle qui permet d'employer de tels mots sans rougir. Pendant longtemps, mes requêtes platini sur AltaVista et HotBot ne donnant rien, je me morfondais le soir devant mon écran de télé, soûlé de trop de mauvaise bière en me repassant pour la quatorzième fois la demi-finale retour de 1985 entre Bordeaux et la Juventus de Turin. Programme sordide. Et platini.com est arrivé. Un peu décevant, ce site officiel, l'homme d'affaires Platini -- moins intéressant -- ayant depuis longtemps pris le pas sur le héros de ma jeunesse. Mais la rétrospective de sa carrière de joueur m'a quand même tiré quelques larmes. Eh si. Pas facile de sortir de l'âge idiot. Je ne peux pas ne pas mentionner après Platini l'existence d'un site sur l'équipe de France actuelle, celle de notre second numéro 10 de génie, qui a gagné cet été ce petit tournoi de plage en fredonnant du Gloria Gaynor, vous vous souvenez ? Bon. Eh bien, allezfrance.org existe, et il est beau. Je l'ai dit. Assez de foot pour la semaine. En 1986, âge idiot : c'est aussi l'époque de l'apprentissage de la programmation en Basic pour faire marrer les copains avec d'obscures parodies de Space Invaders mettant en scène des monstres un peu plus délirants et scatologiques. Douze ans. Un bail. Hormis un quizz minable en quatre couleurs et quelques cheveux arrachés, déjà, je n'ai jamais rien fait de ces dix doigts de programmeur avorté. Du coup, j'admire -- de plus en plus chaque jour -- les dieux qui ont créé Shockwave Flash. Piotr Barsony, « peintre de variété », s'en est servi pour son site (Bureau d'art), magnifique galerie virtuelle de ses travaux et de ceux de trois de ses camarades, accessible par n'importe quel internaute fauché, armé d'un modem 9600 bauds piqué à l'Armée lors de son service. En revanche, prévoir plus qu'une carte graphique Hercules (le vert sur fond noir, ça lasse vite) pour profiter de ces lumières et couleurs. Du peintre de variété aux chanteurs de variété, on glisse doucement, en perdant une bonne dose d'attrait visuel. Chansons françaises est une énorme base de données de paroles de chansons qui ressemble à une base de données. Tout ce qu'on lui demande, c'est de servir, pas de réjouir l'oeil. Et elle servira à tous ceux qui ont besoin de matériau pour leurs soirées karaoké. Tarkus est un type bien. Délaissé par sa promise, il lui offre sur le Web un grand cri d'amour et d'humour, sobrement, « afin qu'elle ne confonde pas amour sincère et faiblesse d'âme ». Impossible de confondre : elle ne confondra pas. Parce que je suis sûr que Tarkus -- avec qui je boirais volontiers quelques coups -- évitera le conseil empoisonné d'un des visiteurs de sa page étonnante : « Évite le suicide. Suis-la jusqu'à ce qu'elle se retrouve dans une rue très fréquentée et alors là, tu t'accroches à sa jambe et tu te laisses traîner pendant quelques kilomètres en pleurant. Ça marche souvent. » Sans blague. Grand cru. Verdâtre, c'est un labyrinthe-catalogue d'images de cette fin de siècle, c'est-à-dire télévisuelles. Où l'interactivité, cette tarte à la crème, est réduite à son minimum : quatre flèches (haut, bas, gauche, droite) pour se diriger et zapper brusquement d'un dessin animé nippon aux pleurs de Francis Lalanne sur le plateau d'une émission oubliée, de séquences de Jeux sans frontières à un reportage sur une manifestation... le tout en arrêt sur image, sans le son. Quelques séquences de vidéo amateur et même, j'en jurerais, des extraits d'enregistrements de caméras de surveillance -- quel bonheur -- apportent la touche finale à cet objet équivoque. Le but du jeu, c'est d'y retrouver la pub Biactol, entre deux telenovelas débiles. Quand le monde va mal, le Web ne se porte pas mieux. Les riverains du pont de l'Alma pas encore tout à fait excédés par les hordes improbables des fans de feu la princesse de Galles piétinant leur trottoir depuis maintenant plus d'un an peuvent toujours aller faire un tour sur Dodi et Diana, le site « voyeurisme » de la semaine. Parce que oui, il y a une vie après le rapport Starr. |