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J'avais pourtant juré l'année passée que non, c'était la dernière fois, on ne m'y reprendrait plus, fini, pas question, et comme tous les ans j'y suis finalement retourné : j'ai fait mes courses de Noël samedi après-midi. Pendant que ma délicieuse épouse choisissait une cravate d'un vert certes douteux, mais tout de même assorti à ses chemises, pour mon beau-frère (son propre frère, vous me suivez ?), j'envisageais déjà une vengeance impitoyable pour punir ceux qui font de cette fête un abominable cauchemar, j'ai nommé la famille de ma tendre moitié. Et tout à coup, au rayon des accessoires pour hommes, entouré de plus de cravates qu'il n'y aura de jours dans ma vie, j'ai eu l'Idée : l'élaboration d'un site définitif démolissant point par point la magie de Noël. « Alas, poor Yorick! 1, ce site existe déjà », m'expliquait dès lundi un collègue auquel j'exposais mon diabolique projet ! C'est Les Dessous du Père Noël. En effet, tout y est, depuis les preuves scien-ti-fi-ques de l'inexistence du vieux barbu mais aussi, et soyons fair play, les preuves de l'inconsistance des raisonnements précédents ; ainsi que la vision d'autres religions sur cette célébration. Bref, un dossier complet et bien ficelé. Et le soir du 24 décembre, au milieu des cotillons et des bouteilles vides, tandis que j'embrasserai successivement les joues piquantes de Jean-Claude (c'est le prénom de mon beau-frère) et de sa tante Ursule (la soeur de la mère de ma femme, vous suivez oui ou non ? !) j'aurai le délicieux contentement de savoir que la vérité a enfin éclaté.
Faut-il encore présenter Science et Vie ? Le fameux magazine de vulgarisation scientifique nous propose des dossiers, des brèves, sa sélection de livres. Il y a également des outils interactifs pour observer le ciel, avec la position des constellations dans la voûte céleste, c'est bien fait et interactif en diable. Petite déception quand même, il n'est nullement fait état de recherches sur l'inexistence du Père Noël et tout à coup, je me prends à douter...
Allons donc faire un tour du côté des étoiles pour dissiper le doute. Sans observatoire fixe est une galerie de photographies. L'auteur du site nous prévient d'emblée : « le but de ce site n'est pas de vous en "mettre plein la vue", là non plus ce n'est pas dans mon tempérament, mais de vous inciter à aller plus loin dans la pratique de l'imagerie stellaire. » Et c'est réussi, pas de fioriture, pas de guirlande dont se parent certains sites en ces périodes festives. C'est sobre, presque austère (mais c'est un compliment), seules comptent les images. On se prend à réfléchir à la notion d'infini, à essayer d'imaginer à quoi peut bien ressembler l'univers, quelle est sa structure, mais aussi où peut bien se planquer ce foutu Père Noël ? D'un simple clic, allons à l'Institut d'astrophysique de Paris qui, même s'il n'est pas récent, est un site bourré d'informations. Le Débat cosmologique, par Jean-Pierre Luminet, propose des éléments de réflexion sur cette discipline autant scientifique que philosophique et permet, même pour le profane, de se plonger dans de vertigineuses interrogations sur le début et la fin de toutes choses. J'en causerai peut-être à Jean-Claude (mon beauf, je vais le répéter combien de fois ?) entre le brie et la bûche si malheureusement je suis assis à côté de lui, mais j'ai reçu des assurances : Belle-Maman veut éviter tout incident diplomatique qui gâcherait le réveillon (« s'il vous plaît les enfants, ne parlez pas de politique ! ») et travaille depuis près de dix jours à un plan de table idéal, tout en louvoiements et compromissions. Mais c'est promis, nous serons sages, les enfants excités, les femmes élégantes et les hommes seront ivres.
Pour finir, et par avance je vous prie de bien vouloir excuser cette pirouette un peu facile, c'est le moment d'aller faire un tour du côté du Père Noël est une ordure : « Joyeux Noël madame Musquin ».
1. Hamlet, V, 1
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